Dieu seul Le chrétien parfait

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Spiritualité Christianisme

Christianisme
& Interreligieux

Les Esséniens
Les Judéo-Chrétiens
Les Ecritures Saintes
L'homme nouveau
Microcosme humain
L'illusion et le mensonge
Programme de saint Paul
La Culture ésotérique
Symbolisme du sablier
La montée spirituelle
Le sens des sacrements
De la joie en Christ
Les Perles des stromates
L'Apatheia
L' orgueil

L'APATHEIA
D'après le Dictionnaire de la Théologie Catholique

Sens et Définition : C'est l'absence de passions, et par suite tranquillité de l'âme parvenue au détachement parfait ou même à la tranquillité.

Clément d'Alexandrie et Origène :
L'homme spirituel ne doit-il pas dès cette vie, s'efforcer de parvenir à cet état ? Clément d'Alexandrie n'hésite pas à répondre par l'affirmative. Pour lui le gnostique, qui est le chrétien parfait, est indifférent à tout.

Les apôtres, tout au moins après la résurrection, ont maîtrisé la colère, la crainte, le désir à cause des enseignements du Seigneur, ils n'ont même pas reçu les biens apparents des mouvements passionnels tels que la confiance, le zèle, la joie, le courage, ils n'ont été émus en aucune sorte, grâce à la fermeté immuable de leur esprit, mais ils sont toujours demeurés constants dans la possession de l'ascèse (Stromates 6, 9,71).

Chez Clément, l'apathie est strictement unie à la gnose (la Connaissance) ; Elle est une qualité fondamentale du gnostique : celui-ci demeure indifférent aux choses humaines, parce qu'il connaît le secret des réalités divines, et il s'efforce d'élever ses frères à la même connaissance. Fénelon dans son traité : « Le gnostique de saint Clément d'Alexandrie » consacre tout un chapitre à l'impassibilité du gnostique :
Le gnostique ayant passé au-delà de toute purification, de toute oeuvre de vertu, de tout exercice (qui est ce que les mystiques appellent abnégation sensitive, n'est plus sujet aux mêmes inconstances qu'auparavant, l'exercice des vertus et de l'oraison l'ayant affermi dans l'union avec Dieu...

Quand on a une fois établi l'amour pur, qui ne s'intéresse plus pour soi-même, qui ne craint ni n'espère plus pour soi, ni les biens, ni les maux éternels, qui se perfectionne pour obéir à Dieu et non pour l'intérêt de sa propre perfection, on a coupé la racine de tous désirs. C'est la sainte indifférence de saint François de Sales (Fénelon, le gnostique, cap VII, edit. P. Dudon).

Avec Origène on est transporté dans une autre atmosphère. Il insiste sur la lutte contre les passions, mais on ne trouve guère chez lui de passages où il semble affirmer que l'homme ne puisse jamais être dispensé de cette lutte :
« Il faut savoir que la mortification de la chair exige de la patience, c'est une oeuvre qui ne s'opère pas tout d'un coup mais lentement. Les révoltes de la chair commencent par être moins violentes chez les débutants dans la vie chrétienne. En ceux qui croissent dans la ferveur et qui reçoivent plus abondamment l'Esprit Saint, non seulement elles perdent leur violence, mais elles commencent à s'épuiser. Enfin, elles sont pleinement étouffées chez les parfaits, en qui n'apparaît aucun indice de péché, ni dans leurs actes, ni dans leurs paroles, ni dans leur pensées » (En Epist ad Rom, 6,14 ; PG, 14, 1102).

AU IV SIECLE EN ORIENT :

L'impassibilité s'accorde avec la joie spirituelle : elle n'est pas de l'indifférence absolue, mais la tranquillité de l'âme que ne troublent plus les concupiscences.

1. Evagre le Pontique : fait très grande la part de l'apathie dans la vie spirituelle à laquelle il donne pour but la contemplation. Il faut que l'âme s'élève au-dessus de toutes les pensées qui concernent les choses : elle n'y parviendra point si elle ne se dépouille des passions qui par les pensées, la lient aux choses sensibles, elle se dépouillera des passions par le moyen des vertus, des pensées simples par la science spirituelle ; elle laissera cette science à son tour, quand lui apparaîtra cette lumière qui, à l'heure de la prière, forme le lieu de Dieu ( expression prise de l'Exode qui désigne la mystérieuse vision de Moise).
Le but de la vie pratique est donc la purification de l'esprit et la purification des passions et il est d'autant plus difficile à atteindre que les passions sont l'oeuvre des démons dont les uns président aux passions du corps, tandis que les autres président aux passions de l'âme.

2. Maxime le Confesseur : s'inspire continuellement d'Evagre, et il va plus loin que lui, puisqu'il enseigne par exemple que l'homme qui par la volonté est parvenu à la vertu et à l'impassibilité aime également tous les hommes comme Dieu qui est par nature bon et sans passions.

3. Nil, l'auteur des lettres qui portent son nom considère l'apatheia comme un don de Dieu et comme une grâce - (La spiritualité des premiers siècles chrétiens- Paris 1930 M Viller).

Dans « Le traité de l'Oraison d'Evagre le Pontique » (Pseudo Nil t XV p.34) : « La prière, ne peut être adressée à Dieu sans une préparation qui consiste dans un parfait détachement à l'égard des créatures, dans l'exclusion, non seulement de toute affection déréglée, de tout ce qui agite l'âme, des soucis terrestres, des désirs de vengeance, de la tristesse, et même de toute pensée ».

Il ne s'agit ni d'insensibilité à l'égard de Dieu que l'on doit aimer par-dessus toute chose, ni l'insensibilité à l'égard des hommes, mais de la parfaite liberté d'esprit, du parfait abandon fruit de renoncement, du parfait dépouillement de toutes choses, de l'humilité, de la mortification continuelle et du mépris du corps. Doctrine très haute qui n'a rien de la rigueur que lui reconnaissaient les « Stoïciens ».

4. Macaire d'Egypte : Dans ses homélies dit : « Voilà le Sabbat et le véritable repos de l'âme qui est vide et purifiée de toutes les pensées de Satan et qui se repose dans une perpétuelle paix et joie du Seigneur » (Hom 35 ; PG, 34, 748).

5. Par contre St. Grégoire de Nazianze tient un autre langage et vante les « Stoïciens ». « Je vante le courage et la grandeur des « Stoïciens », qui regardent les choses extérieures comme incapables de les troubler ». Aussi donne-t-il du vrai philosophe cette description : « Il acquiert du renom au milieu des souffrances, sans fierté dans la fortune, sans abattement dans le malheur .. Sa vraie patrie est au ciel; Il est simple voyageur ici-bas ».

6. Saint Grégoire de Nysse : Parle un autre langage. Il fait de la passion et particulièrement de l'envie, la conséquence du péché originel. « De même que l'absence des passions est le principe et la condition d'une vie conforme à la vertu, de même le penchant au vice produit par l'envie donne la vie à tous les mots qui se manifestent à sa suite ».

LA FIN DE L'AGE PATRISTIQUE EN ORIENT :

Diadoque de Photicé dans « les Cent chapitres sur la perfection spirituelle », fait également l'éloge de l'apathie : « La vie spirituelle commence par la crainte, peu à peu l'âme purifiée monte vers la parfaite pureté, afin de parvenir à la charité parfaite, dans laquelle il n'y a plus de crainte, mais de l'apatheia absolue. »
Nulle autre vertu, dit-il, ne peut procurer à l'âme l'apatheia sinon la seule charité.

L'abbé Isaïe, mort en 488 décrit l'apathie en ces termes : « Dans le chemin de la vertu, il y a des chutes. Il y a des ennemis, des changements, de l'abondance, de la médiocrité... Nous faisons un voyage jusqu'à ce que nous parvenions au repos. Mais l'apathie est exempte de toutes ces choses et n'a besoin de rien. Elle est en Dieu et Dieu en elle... (Orat, 24 ; PG 40, 1174)

Jean Climaque, je pense que l'apathie n'est pas autre chose que le ciel à l'intérieur de l'esprit.

CONCLUSION :
On voit par ces exemples, que l'apathie tient une grande place dans les descriptions de la vie spirituelle, mais que tous les auteurs ne l'entendent pas de la même façon. Si quelques-uns comme saint Grégoire de Nazianze, se contentent de tracer du Saint un portrait qui le fait ressembler comme un frère au sage Stoïcien, la plupart donnent à l'apathie une signification profondément chrétienne. L'apathie est en effet un don de Dieu, une grâce méritée aux hommes par l'Incarnation du Verbe.